É C O N O M I E   ·   D O C T R I N E


L. — Digital Synapse Exchange

Article compagnon de « Pression fiscale et incurie de gestion » (n°405)

« Le décideur qui prend la décision douloureuse à temps est condamné à avoir tort tant qu’il a raison. »

I — La machine à contenter : généalogie d’un réflexe

Il faut partir de l’anecdote, parce qu’elle contient tout le système. Un grand groupe audiovisuel privé écrit à Matignon pour réclamer, en urgence, des mesures de soutien face aux GAFAM : l’immobilisme, plaide-t-il, n’est plus une option. Au même moment, Netflix, Disney+ et Prime Video déposent devant le Conseil d’État des recours contre le décret qui les oblige à financer la création française. Et, en arrière-plan, l’audiovisuel public — premier financeur de la filière — encaisse une nouvelle coupe, son conseil d’administration convoqué en urgence pour « sécuriser la trajectoire ».

Trois acteurs, trois postures, une seule grammaire : chacun somme l’État de trancher en sa faveur. Le privé national réclame la protection, le géant étranger réclame la dérégulation, le service public réclame ses moyens. Et l’arbitre est un État qui n’a plus de quoi contenter personne.

On aurait tort de n’y voir qu’une querelle de télévision. C’est le modèle français tout entier, donné à voir en miniature. Le trait remarquable n’est pas que l’État soit dirigiste : c’est que la demande de dirigisme monte du privé lui-même. Ce ne sont pas des fonctionnaires idéologues qui inventent l’économie administrée ; ce sont des groupes cotés, des filières, des chapelles catégorielles, qui ont pris l’habitude de tenir la puissance publique pour un guichet permanent.

Ce réflexe n’est pas né à gauche. On l’impute volontiers à l’ère Mitterrand, aux nationalisations de 1981-1982 ; mais c’est en confondre l’apogée avec la naissance. La matrice est plus ancienne et plus profonde : elle est colbertiste. Le Commissariat général du Plan de 1946, l’État bâtisseur des Trente Glorieuses, l’industrie pensée avec et par la puissance publique — voilà la source. Ce qui rend le diagnostic implacable, c’est que le réflexe a survécu au tournant. En 1983, la rigueur ; dans les années suivantes, les privatisations, le vocabulaire du marché — et pourtant le sevrage n’a pas eu lieu. Le milieu a simplement changé de robinet : de la nationalisation, on est passé à l’allègement de charges, à la niche fiscale, au crédit d’impôt, à la protection réglementaire. Même source, autre goulot — et parfaitement indifférent à l’étiquette du gouvernement qui l’ouvre.

De sorte que l’économie administrée n’est pas un projet imposé d’en haut : c’est une sédimentation de rentes, accumulée d’en bas, que chaque coalition défend comme un droit acquis. TF1 réclamant Matignon et le patronat réclamant l’allègement boivent à la même fontaine.

II — L’étau : du bilan à la cessation de paiement

Un État qui a voulu, un demi-siècle durant, répondre à chaque demande se retrouve mécaniquement pris en étau : d’un côté l’État-providence et ses engagements empilés, indexés, cliquetés à la hausse ; de l’autre, des moyens qui se raréfient.

Face à un déficit, il n’existe pourtant que deux méthodes : augmenter les recettes, ou mieux gérer l’existant. La première, poussée à son terme, se retourne contre elle-même — elle raréfie la base taxable, ou pousse le contribuable à s’y soustraire. La seconde suppose de désigner un perdant, donc de rompre le pacte tacite selon lequel nul ne perd jamais sa rente. Entre les deux, l’État a choisi une troisième voie, qui n’en est pas une : différer. Emprunter la différence.

Et c’est ici qu’il faut poser la distinction cardinale, sous peine de tout confondre : un bilan n’est pas un état de cessation de paiement. On peut présenter des comptes d’apparence équilibrée pendant que la trésorerie, elle, ne tient plus que par le renouvellement perpétuel de l’emprunt — pendant que court, autrement dit, la cavalerie. La solvabilité comptable et la solvabilité de caisse sont deux choses ; c’est la seconde qui emporte les États comme les maisons.

The opening ends here.

You have just read the part that poses the problem. That is deliberately where open access stops. The corpus is a personal research project carried on since 1998, and the question has always interested me more than the conclusion.

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