Nul ne chasse sur les terres du prince

Troisième et dernier volet. Les deux premiers articles qualifiaient le pillage génératif en droit — destination de l'offre, détournement de clientèle, vol numérique, obligation de veiller, source effacée. Celui-ci change de registre et passe à l'économie : il montre que le comportement des modèles de langage, au-delà du tort individuel, déplace la valeur ajoutée de celui qui la crée vers celui qui la capte — et qu'à l'échelle du système, cette captation tue la fonction de production elle-même. L'argument des « milliards », enfin, y trouve sa réfutation : la valeur de l'outil est une affaire d'organisation interne, inopposable à celui dont on prend la matière.

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I. Qui crée la valeur ?

La valeur ajoutée n'est pas un mot de tribune : c'est une grandeur économique précise — la différence entre la valeur du produit fini et le coût des intrants, différence créée par le travail et l'organisation du producteur. Cette différence a un auteur. Le producteur — laboratoire, éditeur, revue — assume la chaîne de création tout entière : il recrute, il forme des équipes, il finance la recherche, il éprouve, il vérifie, il publie, il répond de ce qu'il publie. Digital Synapse Exchange en est un exemple modeste mais net : un corpus de cent cinquante-deux articles doctrinaux, une théorie originale, une architecture de renvois construite pièce à pièce. Cette chaîne est la valeur ajoutée.

Le modèle de langage n'ajoute rien à ce maillon-là. Il n'a ni recruté, ni formé, ni cherché, ni éprouvé la matière qu'il restitue. Il capte une valeur déjà ajoutée par un autre. Le droit connaît déjà le nom de cet acte : le parasitisme — se placer dans le sillage d'autrui pour profiter de ses investissements sans les supporter — et son cousin l'enrichissement injustifié de l'article 1303 du Code civil [1] — s'enrichir sans cause au détriment d'autrui. Mais l'angle économique ajoute une gravité que la seule qualification civile ne dit pas : ce comportement est déresponsabilisant pour le système productif. Celui qui capte n'a aucune raison d'assumer un jour la chaîne de création ; et si la captation devient la norme, la chaîne finit par n'être plus assumée par personne. Le pillard ne fait pas que léser un producteur : il retire à tous les producteurs la raison de produire.

II. La double soustraction — l'euthanasie du producteur

Le tort ne s'arrête pas à la captation de la valeur déjà créée. Un second mécanisme, concomitant, retire au producteur les moyens d'en créer encore. Les deux ensemble forment une soustraction à double détente.

Premier terme, la captation de la valeur passée : le fonds, le catalogue, le corpus — le produit du travail accompli — sont aspirés et redistribués sans contrepartie. Second terme, l'assèchement de la valeur future : la restitution générative, en répondant à la place de la source, coupe le flux qui finançait la chaîne. La donnée est connue et chiffrée — sur les marchés déjà équipés, le taux de clic de la première position chute de 58 % lorsqu'un résumé génératif s'affiche [2]. Ce chiffre, qui mesurait dans le premier article le détournement de clientèle, joue ici son rôle systémique : il tarit la trésorerie qui payait les salaires, la recherche, la vérification.

The opening ends here.

You have just read the part that poses the problem. That is deliberately where open access stops. The corpus is a personal research project carried on since 1998, and the question has always interested me more than the conclusion.

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