I. La promesse de la métrologie
La métrologie se définit officiellement comme la « science des mesurages et de leurs applications »1. Elle est institutionnalisée au niveau mondial par le Bureau International des Poids et Mesures (BIPM), fondé en 1875 par la Convention du Mètre. Le Système International d’Unités — le SI — est adopté par la quasi-totalité des nations et présente ses unités fondamentales avec une précision affichée comme absolue.
Depuis la révision de 2019, les sept unités de base du SI sont définies par des constantes fondamentales fixées : la vitesse de la lumière c = 299 792 458 m/s, la constante de Planck, la charge élémentaire, la fréquence du césium2. Ces valeurs sont présentées comme exactes, immuables, universelles.3
Mais d’où viennent ces valeurs ? Et que signifie « exact » lorsqu’on parle du monde physique ?
II. La faille : une moyenne gelée décrétée exacte
Aucune constante du SI n’a été posée ex nihilo. Chacune est issue d’une longue série de mesures physiques, effectuées par des instruments imparfaits, dans des laboratoires différents, à des époques différentes. Le Guide pour l’expression de l’incertitude de mesure (GUM) publié par le BIPM lui-même reconnaît que toute mesure est « entachée d’incertitude »4.
On a mesuré pendant des décennies. On a obtenu des valeurs légèrement différentes. On en a calculé la moyenne. Et en 2019, la communauté scientifique internationale a pris une décision normative : cette valeur moyenne serait désormais exacte par convention. Le BIPM lui-même distingue la « définition » d’une unité de sa « mise en pratique », admettant ainsi que la réalisation physique ne coïncide jamais parfaitement avec la définition5.
Une moyenne de valeurs approximatives demeure une valeur approximative. Décréter qu’elle est exacte ne la rend pas exacte — cela la rend normative. Le Vocabulaire International de Métrologie (VIM) reconnaît d’ailleurs que la « valeur vraie » d’une grandeur est « par nature indéterminable »6.
The opening ends here.
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