Du langage commun aux codes, en passant par la vulgarisation scientifique
Le titre de cet article — Identité des cas. Incidence ou coïncidence ? — pose une question avant d'annoncer une thèse. Identité de quoi ? De quels cas ? Et l'identité, telle qu'on l'entend ici, est-elle une propriété du monde ou une opération de la pensée ? Avant d'examiner ce qu'on peut faire de ces concepts, il faut clarifier les termes qui les portent.
Le travail commence par un nettoyage du vocabulaire. Six mots se confondent souvent dans le langage commun, et leur confusion produit ensuite des erreurs de qualification qui se propagent : fait, acte, produit, conséquence, finalité, utilité. Distinguer chacun avec rigueur n'est pas un raffinement de salon ; c'est la condition du raisonnement qui suit.
Un fait, au sens strict, est un événement qui n'est pas issu de la volonté humaine. La pomme qui tombe, le séisme qui survient, le décès qui advient : autant de faits. Le fait est ; il n'a pas été voulu en tant que tel.
Un acte est une manifestation de volonté humaine. Conduire une voiture, signer un contrat, mesurer une grandeur en laboratoire : autant d'actes. L'acte est précédé d'une volonté qui le pose.
Un produit est ce qui résulte d'un acte humain et qui a été conçu, à son origine, pour servir à quelque chose. Un marteau est un produit ; une expérience scientifique en produit aussi. Le produit suppose une volonté qui l'a dessiné en vue d'un terme — c'est cette volonté à l'origine, et ce terme choisi, qui définissent sa finalité.
Une conséquence, c'est ce qui suit un fait ou un acte. La pomme tombe, et elle se décompose ; le séisme survient, et un mur s'effondre ; le contrat est signé, et l'obligation naît. La conséquence est neutre : elle ne dit ni que c'est utile, ni que c'est nuisible. Elle suit, voilà tout.
L'utilité, elle, est une qualification ajoutée par l'observateur. La pomme qui se décompose et fertilise le sol est utile pour l'agronome, indifférente pour le passant, gênante pour celui qui balaie le verger. Le même fait reçoit trois utilités selon qui le regarde. L'utilité n'est jamais dans la chose ; elle est toujours dans la position d'observation. Pour cette raison, on l'écarte du vocabulaire de qualification : on garde conséquence — neutre, descriptif — et on laisse l'utilité aux observateurs qui la mobilisent à leurs fins.
Quand on hésite à qualifier une chose, un test simple aide à choisir. Il porte non sur l'effet observé, mais sur l'origine.
Y a-t-il une volonté humaine qui a précédé la chose et qui l'a conçue pour servir à un terme ? Si oui, c'est un produit. Sa finalité est dans la volonté de ses concepteurs.
Y a-t-il une volonté humaine sans intention de produire les conséquences observées ? Si oui, c'est un acte. Ses conséquences relèvent du régime applicable à l'acte selon le contexte.
Y a-t-il un événement sans volonté humaine à l'origine ? Si oui, c'est un fait. Ses conséquences s'inscrivent dans un enchaînement naturel, sans terme final ni finalité voulue.
Une pomme qui tombe est un fait : sa chute produit des conséquences (décomposition, formation d'humus, fertilisation du sol, croissance d'un nouvel arbre). Ces conséquences s'enchaînent sans terme. Aucune raison interne au cycle ne permet de désigner « la fertilisation » comme finalité plutôt qu'une autre étape ; il n'y a pas de point d'arrêt qu'on pourrait appeler le but de la chute. Le fait précède, les conséquences suivent. Un ordinateur quantique, en revanche, est un produit : il a été conçu par des ingénieurs avec l'intention de résoudre certains calculs. Sa finalité — résoudre ces calculs — est dans la volonté de ses concepteurs. Ce n'est pas une découverte sur le monde ; c'est une fabrication.
Avec ces définitions posées, on peut entrer dans le sujet propre de l'article. Il se déploie en deux parties. La première examine ce que sont l'incidence et la coïncidence. La seconde montre comment la qualification rigoureuse s'applique à l'observation, et où elle conduit lorsqu'on la pousse jusqu'au bout.
I. L'incidence et la coïncidence
Les deux concepts sont liés. La coïncidence n'est pas autre chose que la rencontre de deux incidences dans un même cadre temporel. On les sépare ici pour les définir, mais on doit les penser ensemble : l'unité minimale est l'incidence, et la coïncidence en est le redoublement dans un même cadre.
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