A = C = B
Le droit comme relation — et la loi supplétive oubliée
La présente réflexion n'est ni une réforme du droit, ni un programme politique. Son objet est de nommer ce que les faits disent, aussi objectivement que possible. Le droit, dans son état actuel, a oublié l'individu. Cet oubli n'est pas un accident : il est la conséquence mécanique d'une erreur de fondation.
La loi est supplétive. C'est ce que pose l'article 1102 du Code civil [1] : les parties règlent elles-mêmes leur relation ; la loi ne comble que leur silence. Ce principe fondateur a été oublié. On appelle l'arbitre avant même d'avoir essayé de s'entendre. Et en l'érigeant en totem, on a fini par le laisser dominer ceux qui l'avaient pourtant créé pour les servir.
I. L'individu est premier — le jus ne l'est pas
La définition classique du droit — « l'ensemble des règles qui régissent les personnes et les biens » — est une définition secondaire. Elle décrit le droit après coup, une fois qu'il existe sous forme de règles écrites, de juridictions, de procédures. Elle ne dit rien de son origine.
L'étymologie est plus honnête. Le bas latin directum désigne ce qui est droit, juste, rectiligne [2]. Le latin jus vient de jungere — lier, attacher. Le droit est d'abord un lien. La propriété, elle, vient de proprietas — ce qui est propre à quelqu'un. Ce n'est pas la règle qui crée l'attribution ; c'est l'attribution qui appelle la règle, en cas de conflit.
Mais le jus n'est pas pour autant originaire. Deux individus — appelés ici A et B — qui s'entendent naturellement n'ont aucune raison d'inventer une règle à imposer à l'autre. La commutativité est immédiate entre eux : le jus n'apparaît pas. Ce qui est premier, c'est A. C'est B. Les individus réels, avant toute règle, avant tout État, avant toute fiction juridique.
La planète elle-même dispose d'un jus avant qu'un juriste lui reconnaisse quoi que ce soit : elle est le marchepied sur lequel A pose le pied. Refuser de le voir n'a pas supprimé ce fait ; cela a seulement différé la confrontation avec lui.
Postulat I — Ce qui est originaire, c'est l'individu. Le jus est réactif : il apparaît lorsque la commutativité naturelle entre A et B échoue. La règle naît du conflit entre des propriétés déjà constituées — non avant elles.
II. L'équation A ⇒ C ⇐ B — C comme produit différé
Posons la nomenclature. A et B sont deux individus — les seules réalités constitutives du système. C est la relation qui les unit : le droit dans sa forme pure, matérialisé lorsque nécessaire par l'État ou toute instance arbitrale.
A = C = B (commutativité exacte — A et B s'entendent)
Lorsque A et B s'entendent, la commutativité est exacte : A = C = B. Les trois termes sont de même rang. Aucun ne domine les autres. C n'a pas d'existence propre — il est pur équilibre, produit naturel de la relation.
A ⇒ C ⇐ B (commutativité imparfaite — A et B ne s'accordent pas spontanément) C = f(A, B) — C n'existe que par A et B ; il change quand ils changent ; il disparaît si l'un d'eux disparaît.
Lorsque la commutativité est imparfaite, C apparaît comme opération de restauration de l'équilibre. C'est Al-Jabr appliqué au lien social [3] : la règle n'invente pas la relation — elle tente de la réparer.
La notation A ⟺ C ⟺ B est délibérément écartée : elle suggèrerait que C peut émettre des instructions vers A et B, qu'il aurait une existence indépendante de ses propres termes. Ce glissement est précisément ce que l'histoire du droit a réalisé — et ce que cette analyse identifie comme erreur de fondation.
Le politiste Benedict Anderson a décrit la fiction parallèle dans le champ politique : les nations sont des communautés imaginées [4], des groupes trop vastes pour que leurs membres se connaissent réellement. La démocratie athénienne fonctionnait avec 30 000 à 50 000 citoyens dans un espace géographique restreint. Dès que cette échelle est dépassée, le demos n'est plus une réalité sociale : c'est une abstraction juridique [5]. Le vivre-ensemble est toujours en avance sur le droit.
III. Le glissement — quand C a prétendu dominer A et B
L'ouverture s'arrête ici.
Vous venez de lire la partie qui pose le problème. C'est délibérément là que s'arrête l'accès libre. Le corpus est un travail de recherche personnel poursuivi depuis 1998, et la question m'a toujours intéressé davantage que la conclusion.
Envie de publier vos propres articles ?
Rejoignez la communauté Digital Synapse Exchange et partagez vos recherches.